Alors que le concours Eurovision 2026 s’apprête à célébrer son 70ème anniversaire à Vienne au mois de mai, ce qui devait être une célébration historique de l’unité européenne (et au-delà) ressemble davantage à un jubilé en plein naufrage.
Depuis maintenant deux ans, nous observons avec gravité comment le concours Eurovision est détourné de sa mission de rassemblement. Les faits sont là, largement documentés : campagnes de manipulation des votes, intimidations de la presse et des délégations et dénigrement de candidats à Malmö, lobbying politique intense pour forcer le maintien d’Israël au mépris des règles éthiques.
Refuser le détournement du concours Eurovision
On ne va pas se mentir : si Israël met autant de moyens pour contrôler son image au concours, quitte à en tordre les règles, c’est aussi pour essayer de faire oublier ce qui se passe à Gaza. On ne peut pas faire comme si la scène de l’Eurovision était déconnectée de la réalité, alors que le pays est accusé de crimes de guerre et que ses dirigeants sont visés par la justice internationale. Utiliser des paillettes et des chansons pour masquer un tel désastre humanitaire, c’est ce qu’on appelle de la propagande, et c’est l’opposé de ce que l’Eurovision devrait être.
Aussi, l’annonce du maintien d’Israël courant décembre et la vague de boycotts historiques qui a suivi ont ébranlé la communauté, nous y compris. Nous avons exprimé notre colère et notre déception face au prix du déni payé par l’UER dont toute la communauté fait désormais les frais.
L’idée de se rendre à un concours aussi fracturé, où l’enthousiasme est tempéré par une crise institutionnelle majeure, soulève des questions éthiques et pratiques. En tant que média passionné de l’Eurovision, et face à cette crise institutionnelle majeure, nous devons répondre à une question fondamentale : comment couvrir Vienne 2026 sans trahir nos principes ?
Alors, boycotter ou pas ?
Face à ça, plusieurs choix s’offrent à nous. Continuer comme si de rien n’était ou boycotter. Nous faisons le choix d’une troisième option car notre conviction est simple : le silence n’est jamais une solution. S’il n’y a plus de médias indépendants pour rendre compte de la situation, on perd une partie essentielle de l’histoire. En couvrant l’événement, ses coulisses et les drama, nous nous assurons que le récit autour du concours ne se limite pas aux seuls canaux officiels à la communication lissée. Notre rôle de média spécialisé et passionné, c’est aussi d’être ce contrepoids nécessaire, défenseur d’une certaine vision du concours. Nous n’allons pas à Vienne 2026 pour ignorer l’éléphant au milieu de la pièce, mais pour l’observer de près.
Ne pas se tromper d’ennemi : les artistes n’y sont pour rien
Il est essentiel pour nous de rappeler l’ADN d’Eurovision & Friends. Les artistes qui se présenteront à Vienne, qu’ils soient issus des sélections nationales ou choisis en interne, ne sont pas les architectes de cette crise. Ils sont là, pris au milieu d’un chaos geopolitique qui nous dépasse tous. Nous continuerons de respecter leur travail et leur rêve, car ils restent le cœur battant de la création musicale européenne.
Une ligne éditoriale pour Vienne 2026 sans concession
Notre couverture du concours Eurovision à Vienne 2026 sera marquée par un regard critique et lucide .
1. Les sélections nationales, plus que jamais : Notre priorité ira aux sélections et finales nationales. Le Melodifestival, le Festival de Sanremo, Supernova, le Luxembourg Song Contest. C’est le cœur battant de l’Eurovision, c’est là que la passion est la plus pure, et nous y consacrerons toute notre énergie. Nous couvrirons avec la même ferveur les sélections des pays ayant courageusement choisi le retrait.
2. Vienne sera traitée en prenant en compte le prisme politique : Nous irons à Vienne avec les yeux grands ouverts. Nous témoignerons à l’aune de la crise, de l’atmosphère, des tensions, et du vide laissé par les pays absents. Et nous ne cèderons pas pouce sur les valeurs de justice, de tolérance et de vérité.
3. Artistes et musique avant tout : Malgré le contexte, nous continuerons de faire découvrir les artistes et leurs chansons. Nous resterons fidèles à notre mission de donner une plateforme à la culture et aux talents émergents, à plus forte raison quand quand l’institution qui les porte vacille.
Il ne faut pas se voiler la face, l‘Eurovision 2026 sera une année difficile, mais nous serons là pour raconter toute l’histoire. Et pour nous, l’histoire ne doit pas seulement être celle des organisateurs.
