Il aura donc fallu 9 ans à l’EBU pour accoucher de ce projet. Le 31 mars 2026, l’organisation a confirmé la naissance de l’Eurovision Song Contest Asia, et c’est Bangkok qui inaugurera la première édition de ce « spinoff » comme ville hôte, pour une finale programmée le 14 novembre 2026. Petit retour sur un projet qui n’en finissait pas de naître…
Eurovision Song Contest Asia : le projet qui n’en finissait pas de naître
Les premiers projets d’exporter l’Eurovision en Asie datent de 2008, mais tout a commencé à vraiment prendre forme en 2017 quand l’EBU annonce que l’Eurovision Song Contest va s’exporter en Asie. La communauté s’embrase, les médias spécialisés analysent, puis, plus rien. Le projet végète, la faute aux droits de diffusion, aux négociations, au COVID aussi, à des tensions geopolitiques bien sûr, puis SBS, le diffuseur Australien, annonce qu’il se retire. C’est la douche froide.
Neuf ans plus tard, après pas mal de changements à la tête du groupe qui chapeaute l’Eurovision et la volonté de développer la marque, le projet est là, pour de vrai. L’EBU s’est associée à Voxovation et S2O Productions, avec la chaîne thaïlandaise Channel 3 comme partenaire de diffusion local.
Dix pays alignés et tout un continent à convaincre
Thaïlande, Corée du Sud, Philippines, Vietnam, Malaisie, Cambodge, Laos, Bangladesh, Népal et Bhoutan. C’est le line-up de départ. D’autres pourraient rejoindre la compétition avant novembre, l’UER ayant laissé la porte ouverte à de nouveaux entrants.
Ces dix premiers en disent beaucoup sur la stratégie de l’organisation. On y trouve des marchés musicaux massifs comme la Corée du Sud, avec son industrie K-pop capable d’exporter de la musique à l’échelle mondiale, et des pays comme le Bhoutan ou le Laos, dont la présence sur une scène comme celle de l’Eurovision constituerait une première historique. Et c’est ce grand écart qui a fait, et fait encore, la force de l’Eurovision européen.
Ce que ça change vraiment pour l’Eurovision ?
Lancer Eurovision Asia cette année, c’est envoyer un signal fort : la marque se réinvente ! L’EBU a en effet choisi de faire passer le Concours de l’Eurovision dans une nouvelle dimension, l’année des 70 ans du concours. Ainsi à Vienne va s’ouvrir la célébration de sept décennies d’un format qui a survécu à la Guerre Froide, au Brexit, une pandémie mondiale… et il faut le dire aussi, à des drama en pagaille.
Mais soyons aussi lucides. L’Eurovision original est né en 1956 au lendemain d’une guerre qui avait ravagé le continent. Le but était de retisser des liens entre des peuples qui s’étaient massacrés dix ans plus tôt. Le « why » était existentiel. Celui d’Eurovision Asia est plus difficile à formuler avec le même sérieux.
L’Asie de 2026 n’est pas l’Europe de 1956. Il n’y a pas de traumatisme collectif récent à conjurer, pas de reconstruction symbolique à opérer. En revanche, il y a un marché de plusieurs milliards de téléspectateurs, des industries musicales en pleine explosion, Corée du Sud en tête, et une marque Eurovision qui vaut de l’or. L’UER ne l’a d’ailleurs jamais vraiment caché : c’est une franchise, et Bangkok en est la prochaine implantation.
Alors créer un concours qui force Thaïlande, Bangladesh et Bhoutan à cohabiter sur une même scène dans un esprit de compétition pacifique, ça n’est pas inutile, car les tensions frontalières y restent bien réelles. Mais le premier moteur ici, c’est d’abord l’expansion commerciale.
Et si le vrai défi, c’était la culture ?
L’Eurovision n’est pas qu’un format télévisé. C’est une culture populaire à part entière, construite sur soixante-dix ans de rituels, de mémoire collective et d’une communauté qui en a fait bien plus qu’un simple concours. Et ça, ça ne s’exporte pas par décret.
L'American Song Contest en a fait les frais. Lancé en 2022 sur NBC avec Kelly Clarkson et Snoop Dogg aux commandes, le show n’a pas été renouvelé pour une deuxième saison, plombé par de mauvauises audiences. Aucune des 56 chansons en compétition, hormis celle de la gagnante AleXa, n’a atteint les classements Billboard. Le format était là. L’âme, non.
C’est le vrai avertissement pour Bangkok. L’EBU peut reproduire la mécanique à l’identique : les demi-finales, le televote, les cartes postales, les paillettes. Mais ce qui fait qu’on pleure devant un douze points inattendu à deux heures du matin, ce n’est pas le règlement. C’est des décennies de culture partagée par des peuples qui ont eu d’autres façons, moins joyeuses, de se rencontrer.
Alors oui, Eurovision Asia peut réussir. Mais ce sera son propre truc, avec sa propre temporalité. Pas une copie conforme. Et peut-être que c’est là, justement, que réside son seul vrai intérêt.
La finale du Eurovision Asia Song Contest se déroulera le Samedi 14 Novembre.
